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3 mg d’un hôte encombrant

Le mercure et les lampes à basse consommation

On ne s’éclairera plus comme avant. Les lampes à incandescence sont progressivement retirées du marché pour laisser la place aux lampes basse consommation, réputées moins gourmandes en énergie et douées d’une plus grande longévité. Mais la présence de composants aux propriétés toxiques tels que le mercure impose de nouvelles habitudes en matière de manipulation, de stockage et de recyclage des déchets.

La filière du recyclage

Les lampes fluorescentes – par exemple les tubes fluorescents dits « néons » et les lampes basse consommation LBC (ou fluocompactes) – sont classées comme déchets dangereux. Leurs composants (mercure, poudre fluorescente, aluminium et verre) peuvent cependant être presque totalement recyclés [1].

Ils entrent dans le cadre d’application du décret 2005-829 du 20 juillet 2005 sur la gestion des Déchets d’Équipements Électriques et Électroniques (DEEE) et appartiennent à la catégorie 5 « matériel d’éclairage ». Ils font partie des déchets ménagers spéciaux (DMS). Les DMS comprennent tous les déchets toxiques contenant des produits explosifs (aérosols), corrosifs (acides), nocifs, irritants (ammoniaque, résine), comburants (chlorates), facilement inflammables, ou d’une façon générale dommageables pour l’environnement (métaux de certaines piles, accumulateurs, lampes fluorescentes, thermomètres, CFC de réfrigérateurs, congélateurs...).

Les DMS ne doivent surtout pas être jetés avec les ordures ménagères classiques, ni cassés, ni versés dans les égouts. Ces produits nécessitent un traitement particulier.

Ils sont récupérés pour éviter des rejets nuisibles pour l’environnement et leurs constituants sont valorisés.

La filière des LBC repose sur le principe de l’apport volontaire des détenteurs et utilisateurs de lampes (professionnels et particuliers) jusqu’à un point de collecte.

Les lampes usagées peuvent être déposées auprès des distributeurs qui doivent répondre à l’obligation de reprise dans le cadre du « 1 pour 1 », dans les déchèteries, auprès des collecteurs de déchets et des installateurs électriciens. Les lampes sont ensuite valorisées et le mercure est extrait et recyclé.

Si l’information des usagers sur la nécessité du recyclage et des solutions de collecte n’est pas suffisamment développée, il y a un risque que ces lampes passent dans le circuit des déchets ménagers.

Logo poubelle barrée Récylum est l’éco-organisme créé en mai 2005 et agréé par les pouvoirs publics (Ministre de l’Écologie, de l’Énergie, du Développement Durable et de la Mer), qui est chargé du financement et de l’organisation en France de la collecte et du recyclage des lampes usagées détenues par les particuliers et les professionnels. Toutes les sources lumineuses sont concernées, sauf les ampoules à filament. Ces dernières doivent être jetées à la poubelle (dans le bac non recyclable, leur verre n’est pas valorisable). Les lampes concernées par le recyclage portent toutes le marquage « poubelle barrée ».

Le mercure dans les lampes basse consommation

La Directive 2002/95/CE du 27 janvier 2003 (Arrêté du 25 novembre 2005, modifié par celui du 29 février 2009) fixait les restrictions d’utilisation de certaines substances dangereuses [2] dans les équipements électriques et électroniques et fixait à 5 mg la quantité de mercure à ne pas dépasser dans les lampes fluorescentes compactes. Une nouvelle directive (2011/65/UE du 8 juin 2011) réalise la refonte de la précédente et établit de nouvelles limites pour la quantité de mercure pouvant être utilisée dans les équipements électriques et électroniques.
Le tableau ci-dessous indique ces nouvelles valeurs pour les lampes fluorescentes « compactes » (à simple culot) en fonction de leur usage et de leur puissance ainsi que les dates d’applicabilité. Les LBC contiennent actuellement en moyenne 3 mg de mercure par ampoule [3].

Calendrier des futures restrictions des substances dangereuses par types de lampes à basse consommation

Type de lampe et puissance Quantité de mercure autorisée (par brûleur)
Jusqu’au 31/12/2011 Du 01/01/2012 au 31/12/2012 À partir du 01/01/2013
À usage général et < 30 W 5 mg 3,5 mg 2,5 mg
À usage général et ≥ 30 W et < 50 W 5 mg 3,5 mg 3,5 mg
À usage général et ≥ 50 W et < 150 W 5 mg 5 mg 5 mg
À usage général et ≥ 150 W 15 mg 15 mg 15 mg
À usage général avec une structure de forme circulaire ou carrée et un tube de diamètre ≤ 17 mm Pas de limitation 7 mg 7 mg
À usage spécial 5 mg 5 mg 5 mg

Selon le Syndicat de l’Éclairage, 180 millions d’ampoules à incandescence sont achetées par an. La durée de vie des LBC étant supposée 6 fois plus élevée que celle des lampes à incandescence, à terme 30 millions de LBC devraient donc être achetées.

Si le taux de recyclage est de 30 %, le mercure des LBC envoyé vers le circuit classique des déchets ménagers sera de 63 kg par an (70 % soit 21 millions de LBC). Le mercure de ces lampes étant sous forme vapeur, une grande partie est susceptible d’être émise dans l’atmosphère suite au bris.

En 2007, les émissions d’origine humaine de mercure dans l’atmosphère en France métropolitaine représentent 6,7 tonnes/an (CITEPA, 2009). Ces émissions sont en baisse constante depuis 1990 (– 75 % sur la période 1990-2007, soit – 20 t). Cette baisse s’explique en grande partie par l’amélioration des performances de l’incinération des déchets, par une diminution de la teneur en mercure des déchets incinérés, par le du tri sélectif et enfin par l’optimisation des procédés de la production de chlore.

Des circuits spécifiques ont également été mis en place pour collecter sélectivement des déchets contenant du mercure (piles boutons et, depuis le 15 novembre 2006, lampes à basse consommation) et par ailleurs des mesures d’interdiction d’utilisation du mercure dans certains équipements ont été adoptées (thermomètre médicaux, équipements électriques et électroniques par arrêté du 25 novembre 2005, modifié le 25 février 2009). L’utilisation des électrolyses à cathode de mercure devrait être interdite au plus tard en 2019 et les industriels devront faire évoluer leur procédé en conséquence.

Le règlement communautaire No 1102/2008 du 22 octobre 2008 [4] interdit, à partir du mois de mars 2011, les exportations de mercure métallique, de minerai de cinabre, de chlorure de mercure, d’oxyde de mercure et de mélanges de mercure métallique avec d’autres substances, notamment les alliages de mercure, dont la teneur en mercure atteint au moins 95 %. À compter de cette date, le mercure provenant des trois principales sources, à savoir l’industrie du chlore et de la soude, l’épuration du gaz naturel et la production de métaux non ferreux, sera considéré comme un déchet. Par conséquent, il faudra en assurer le stockage en toute sécurité au sein de l’Union européenne.

Exposition des opérateurs et prévention

La valeur limite moyenne d’exposition qui peut être admise au travail est de 0,05 mg/m3. L’exposition des travailleurs dans la filière du recyclage doit être contrôlée par la neutralisation des vapeurs lors des processus de démantèlement des lampes et par l’utilisation de moyens de protection collective.

Les risques d’exposition à de hautes valeurs de vapeurs de mercure dans l’air ambient peuvent survenir suite à la casse de lots de lampes lors de la manutention. Cette valeur dépendra du nombre de lampes cassées, du volume de la zone de l’incident et des conditions de renouvellement d’air.

Des études menées sur différents scénarios d’exposition ont estimé que le risque encouru par les opérateurs suite à la casse de tubes fluorescents (contenant plus de 10 mg de mercure) est très faible (Étude ASTEE, 2006). Des précautions sont cependant nécessaires pour réduire les risques de casse dans le circuit de vie des lampes, et des mesures de protection peuvent diminuer les risques d’exposition notamment par la ventilation et l’utilisation de charbon actif en prévention dans les containers [5].

La prévention de l’exposition au mercure métallique est basée sur deux principes : son remplacement dans les articles commercialisés et l’observation de règles strictes de conception des locaux (ventilation ou système d’aspiration avec piège à mercure), d’organisation de travail (équipements de protection), d’hygiène et de propreté.

Le mercure est un polluant dangereux pour l’environnement ; son élimination est règlementée. Les valeurs limites de rejet pour les effluents aqueux issus des installations de traitement de déchets sont fixées à 0,03 mg/L et les valeurs limites de rejets atmosphériques pour les installations d’incinération à 0,05 mg/m3.

Centre de stockage des déchets ultimes Voir aussi :
Le mercure – cycle et toxicité Aller
La gestion des déchets ménagers (en pages Grand public) Aller


Bibliographie

- Étude de l’ASTEE (www.astee.org) sur le risque sanitaire lié à la collecte de tubes fluorescents, 2006.

- Avis de l’ADEME (www.ademe.fr) sur les lampes à basse consommation, août 2009.

- Fascicule ADEME (www.ademe.fr) sur les lampes à basse consommation, novembre 2008.

Directive 2002/95/CE du 27.1.2003 (Arrêté du 25 novembre 2005, modifié par celui du 29 février 2009).

- Directive 2002/96/CE du 27.1.2003 (Décret no 2005-829 du 20 juillet 2005).

- Syndicat de l’éclairage, www.syndicat-eclairage.com.

- Récylum, www.recylum.com, www.malampe.org.

Illustration et photos : Récylum (recylum.com).


[1] Selon l’ADEME, le taux de recyclage peut atteindre 93 %.

[2] Plomb, mercure, cadmium, chrome hexavalent, polybromobiphényles et polybromodiphényléthers

[3] Source : Avis de l’ADEME sur les lampes fluorescentes compactes, juin 2010.

[4] Source : Règlement (CE) no 1102/2008 du Parlement européen et du Conseil du 22 octobre 2008 relatif à l’interdiction des exportations de mercure métallique et de certains composés et mélanges de mercure et au stockage en toute sécurité de cette substance (JO du 14 novembre 2008, no L304).

[5] Source : INRS.