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Ciment, chrome VI et allergie

Manipulation du ciment

Parmi les allergènes du ciment – chrome, cobalt, nickel – le chrome hexavalent (ou chrome VI) a une action prédominante, et souvent définitive dès lors que la sensibilisation est déclarée. Comment se prémunir de cette allergie ?

Le chrome VI est à l’origine d’eczémas de contact allergiques

L’allergie peut se déclencher du jour au lendemain : certains maçons sont devenus allergiques brusquement et définitivement après des années de travail. Les personnes sensibilisées peuvent avoir des poussées d’eczéma même après l’éviction du ciment, du fait de la présence de chrome VI (Cr6+) dans d’autres produits et peut-être de l’évolution autonome de la maladie. Dans le secteur de la construction, 50 % des patients allergiques au chrome VI ne présentent aucune amélioration 1 à 5 ans après le diagnostic.

Le port de protections est nécessaire lors du gâchage du ciment avec l’eau

L’ajout d’un agent réducteur permet de diminuer le chrome VI soluble au moment du gâchage mais n’est d’aucune efficacité vis-à-vis des dermatites d’irritation liées aux propriétés alcaline (pH 12-13), abrasive et hygroscopique [1] du ciment humide. Il faut donc éviter tout contact direct entre la peau et le ciment frais. Portez des gants (en nitrile ou néoprène doublés de jersey) et des vêtements adaptés.

Il convient également d’observer quelques bonnes pratiques. Ne vous agenouillez pas sur du ciment frais ; lavez-vous les mains avec un savon neutre et utilisez des crèmes protectrices ou régénératrices. Si du ciment frais entre en contact avec la peau ou avec les yeux, rincez à l’eau pendant 15 minutes.

Ciment et prévention Conseils de stockage et de protection sur un sac de ciment (photo : Anne-Christine Macherey – CNRS).

Sac de ciment

Pourquoi le ciment peut-il contenir du chrome VI ?

Les ciments courants [2] utilisés pour les mortiers et bétons contiennent du clinker Portland. C’est un mélange de calcaire (80 %) et d’argile (20 %) cuit à environ 1450 °C. Après cuisson, il est composé principalement de silicates et d’aluminates de calcium, mais aussi de petites quantités de chaux libre. Il contient également des impuretés ; chrome, cobalt et nickel. Le chrome est présent dans l’argile sous forme de composés trivalents (chrome III ou Cr3+). Lors de la cuisson du mélange, il est oxydé en chrome hexavalent (chrome VI ou Cr6+). Accessoirement, du chrome peut aussi provenir de l’abrasion des engins en acier ou des combustibles utilisés en cimenteries.

Pour diminuer les cas d’allergie, les ciments contenant plus de 0,0002 % de chrome VI (% poids sec) doivent être traités par un agent réduisant le chrome VI en chrome III. Ce dernier présente nettement moins de risque pour la santé que le chrome VI car il pénètre plus difficilement la peau. L’addition par exemple, de sulfate ferreux au clinker de Portland au moment du broyage réduit le chrome VI en chrome III selon une réaction de type : 3 Fe2+ + Cr6+ -> 3 Fe3+ + Cr3+.

Photo : lilufoto, Fotolia.


[1] Hygroscopique : qui a tendance à absorber l’humidité.

[2] Le ciment est un liant hydraulique : gâché avec de l’eau, ce matériau minéral finement moulu forme une pâte qui fait prise et durcit à la suite de réactions et de processus d’hydratation. Après durcissement, il conserve sa résistance et sa stabilité même sous l’eau.