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Aux fondements de la médecine du travail

Essai sur les maladies des artisans – De Morbis Artificum Diatriba

L’œuvre de Bernardino Ramazzini

Bernardino Ramazzini « Il y a beaucoup de choses qu’un médecin doit savoir, soit du malade, soit des assistants ; écoutons Hippocrate sur ce précepte : "Quand vous serez auprès du malade, il faut lui demander ce qu’il sent ; quelle en est la cause ; s’il a le ventre relâché ; quels sont les aliments dont il a fait usage." Telles sont ses propres paroles ; mais qu’à ces question, il me soit permis d’ajouter la suivante : quel est le métier du malade ? » Bernardino Ramazzini, Préface de De Morbis Artificum Diatriba.

De Morbis Artificum Diatriba, écrit par Bernardino Ramazzini en 1700 et publié à Modène, constitue le premier traité systématique de pathologie du travail.

Bernardino Ramazzini (1633-1714), élève de l’université de Parme, docteur en philosophie et médecine en 1659, a occupé la chaire de médecine de l’université de Modène de 1682 à 1700 puis celle de Padoue. Il est considéré comme le fondateur de la médecine professionnelle, privilégiant, d’une façon originale pour l’époque, une approche directe de l’environnement de travail par un dialogue avec le travailleur et la visite des lieux de travail. De cette façon, il a établi les relations entre pathologies et corps de métiers, mais en a également déduit des mesures pratiques de prévention et de protection.

Un ouvrage de référence, édité et enrichi jusqu’au XIXe siècle

Le texte proposé ici comporte le traité en l’état de l’édition augmentée de 1713 (l’édition originale de 1700 comptait 40 corps de métiers, soit 12 de moins que l’édition de 1713). Il s’agit du texte traduit, introduit et annoté en 1777 par Antoine-François de Fourcroy. Ce texte sera à nouveau repris et considérablement augmenté par la suite, notamment par Philibert Patissier en 1822 [1].

Cette compilation d’affections professionnelles décrit les conditions de travail et les pathologies professionnelles qui leur sont associées dans 52 secteurs d’activités du XVIIe siècle. Des conseils de prévention et/ou des remèdes sont parfois délivrés. Ramazzini structure son traité en deux parties relatives d’abord aux affections liées aux agents chimiques voire biologiques (« la nature nuisible et pernicieuse des substances qu’ils travaillent ») puis à celles conduisant à des troubles musculo-squelettiques (« d’une situation mauvaise des membres, de mouvements irréguliers du corps »). Cette structuration, exposée dès les premières pages du texte, sera reconduite et étoffée par Philibert Patissier.

La question du risque chimique

Observant que certaines affections surviennent subitement et d’autres après une longue période de travail, Ramazzini introduit les notions de toxicité aiguë et chronique. Il comprend également que les intoxications proviennent soit de l’inhalation, soit du contact cutané, voire de l’ingestion des polluants.
A titre d’exemple, il identifie avec acuité les affections respiratoires associées à l’exposition aux poussières, des tailleurs de pierre, des plâtriers, des travailleurs du textile, etc. Il mentionne les irritations respiratoires et cutanées dont souffrent les blanchisseuses et les attribue aux lessives et aux dérivés du soufre. Les intoxications systémiques au mercure sont pointées chez les doreurs, miroitiers et les chirurgiens pratiquant les controversées frictions mercurielles [2]. L’importance de la ventilation, l’utilisation de protections individuelles, sont identifiées par Ramazzini comme techniques efficaces de prévention.

Gravure extraite de l’ouvrage : « Le vray et méthodique cours de la physique résolutive, vulgairement dite chymie : représenté par figures générales et particulières, pour connaître la théotechnie ergocosmique, c’est-à-dire l’art de Dieu en l’ouvrage de l’Univers » par Annibal Barlet. Éditeur N. Charles, Paris, 1653. Source : Gallica/BNF.

Les chimistes sont évoqués relativement succintement au 4e chapitre du traité. Ramazzini met en relation les troubles (respiratoires, narcotiques) qu’ils présentent et certains des composés manipulés (antimoine, arsenic). Il explique la survenue de ces troubles par la rigueur exigée des chimistes et l’impossibilité subséquente de se soustraire à l’exposition, mais n’aborde pas plus avant ni la prévention ni la protection.
Au travers d’un exemple de dispersion de vitriol, il introduit également la question de la pollution de l’environnement. Fourcroy dans sa note ajoute la notion de danger physique et enjoint les chimistes à exercer la prudence. « Les chimistes préviendraient une foule d’accidens qui les menacent s’ils pratiquaient leurs opérations dangereuses sous de grands manteaux de cheminées pourvues d’un fourneau d’appel » ajoutera Patissier, préconisant ainsi l’usage de la sorbonne.

Consultation du traité

PDF - 12.3 Mo

L’ouvrage est aujourd’hui librement consultable.
Une version PDF (poids du fichier : 12,3 Mo) de l’édition de 1713 est téléchargeable ici.

Sommaire
- 1. Des maladies auxquelles sont sujets les mineurs
- 2. Des malades des doreurs
- 3. Des maladies de ceux qui administrent les frictions mercurielles (30)
- 4. Des maladies des chimistes (32)
- 5. Des maladies des potiers de terre (34)
- 6. Des maladies des potiers d’étain
- 7. Des maladies de ceux qui travaillent dans les verreries et les glaceries
- 8. Des maladies des peintres
- 9. Des maladies de ceux qui sont exposés aux vapeurs de soufre
- 10. Des maladies des serruriers
- 11. Des maladies des plâtriers et des chaufourniers
- 12. Des maladies des apothicaires
- 13. Des maladies des vidangeurs
- 14. Des maladies des foulons
- 15. Des maladies auxquelles sont sujets ceux qui font les huiles, les corroyeurs et les autres ouvriers de cette classe
- 16. Des maladies de ceux qui préparent et vendent le tabac
- 17. Des maladies des fossoyeurs
- 18. Des maladies des sages-femmes
- 19. Des maladies des nourrices
- 20. Des maladies auxquelles sont sujets les marchands de vin, les brasseurs et les distillateurs d’eau-de-vie
- 21. Des maladies des boulangers et des meuniers
- 22. Des maladies des amidonniers
- 23. Des maladies qui attaquent les blutteurs, sasseurs et mesureurs de grains
- 24. Des maladies des carriers
- 25. Des maladies des blanchisseuses
- 26. Des maladies qui attaquent les liniers, chanvriers, et ceux qui cardent les cocons de vers à soie
- 27. Des maladies des baigneurs
- 28. Des maladies de ceux qui travaillent dans les salines
- 29. Des maladies propres aux ouvriers qui travaillent debout
- 30. Des ouvriers sédentaires et de leurs maladies
- 31. Des maladies des fripiers, des cardeurs de matelas et des chiffonniers
- 32. Des maladies des coureurs
- 33. Des maladies de ceux qui vont souvent à cheval
- 34. Des maladies des portefaix
- 35. Des maladies des athlètes
- 36. Des maladies des ouvriers en petits objets
- 37. Des maladies qui attaquent les maîtres de musique, les chanteurs, et tous ceux en général qui exercent leur voix.
- 38. Des maladies des laboureurs
- 39. Des maladies des pêcheurs
- 40. Des maladies des armées
- 41. Des maladies des imprimeurs
- 42. Des maladies des écrivains et des copistes
- 43. Des maladies des confiseurs
- 44. Des maladies des tisserands
- 45. Des maladies auxquelles sont sujets les ouvriers en cuivre
- 46. Des maladies des ouvriers en bois
- 47. Des maladies de ceux qui aiguisent au grès les rasoirs et les lancettes
- 48. Des maladies des briquetiers
- 49. Des maladies des cureurs de puits
- 50. Des maladies des matelots et des rameurs
- 51. Des maladies des chasseurs
- 52. Des maladies des savonniers

Source du document : Gallica / Bibliothèque nationale de France. Extrait du fichier PDF de l’ouvrage : Traité des maladies des artisans par Ramazzini. Traité de la maladie muqueuse par Roederer et Wagler. Mémoire de l’angine de poitrine par Jurine. Éditeur A. Delahays, Paris, 1855.

Portrait de Bernardino Ramazzini : auteur non précisé (Wikimedia Commons).


[1] Traité de P. Patissier, Traité des maladies des artisans, et de celles qui résultent des diverses professions, d’après Ramazzini. J.P. Baillère Libraire, Paris, 1822

[2] Le regard ironique de Ramazzini accompagne le fil de l’ouvrage. Sur ces frictions, chap. 3 : Berengarius de Carpi est regardé comme le premier qui ait mit les frictions en usage. (…). Fallope, dans son traité de la vérole, rapporte que ce chirurgien gagna avec ses frictions, plus de cinq cent mille ducats d’or et qu’il tuait plusieurs de ses malades, quoi qu’il en sauvât la plus grande partie. On peut donc dire avec vérité que Berengarius sut beaucoup mieux que les alchimistes, transmuer le mercure en or par une vraie métamorphose.

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